En 1986, nous étions en contact avec des Allemands qui avaient développé une activité similaire à la nôtre, en bijouterie électronique.

Je leur avais proposé de distribuer en Allemagne notre pin’s LED. Mais les prix étaient trop élevés pour permettre une distribution en volume, l’industrie électronique française de l’époque était concentrée sur le secteur aéronautique, spatial, militaire, donc très cher ! Alors, nos amis allemands ont été prospectés par un industriel Taïwanais qui a proposé de remplacer notre circuit à transistor par une puce COB, ‘Chip On Board’, sans composants externes, avec un coût inférieur de moitié par rapport à la production que nous faisions. Nous nous sommes réunis autour de ce nouveau projet, à l’unanimité nous avons décidé d’aller ensemble à Taiwan et de démarrer une production délocalisée. Cela n’a pas été sans mal, il a bien fallu deux ans avant de pouvoir être livré correctement, notre apprentissage a été difficile, nous sommes tombés dans de nombreux pièges avant de trouver les bonnes solutions sur place… Alors, il y a deux choses remarquables dans cette affaire :

– Un Français et un Allemand s’associent dans un projet de dimension européenne en réunissant leur savoir-faire, la créativité française et la rigueur germanique.

– Une délocalisation avant l’heure, il faut savoir que jusqu’à la fin des années 90, il n’était pas question de mettre en avant notre délocalisation de production, c’était la honte de dire « made in Taiwan »…

Par contre, au début des années 2000, lorsque nos clients se sont rendu compte que nous avions déjà 15 ans d’expérience de fabrication en Extrême-Orient, ce n’était plus la honte, mais le respect parce que nous avions été précurseurs ! À noter que dans les années 90, nous avons délocalisé de nouveau, de Taiwan nous sommes passés en Chine avec une usine à Shenzhen, puis dans les années 2000, encore plus loin vers Canton. Avec le recul, je vois que nous avons été, et nous le sommes toujours, des pionniers de la nouvelle Europe qui se forme, nos parents ne voyaient pas d’un bon œil notre partenariat, mon père me disait de me méfier des Allemands, car ils allaient m’écraser et me ruiner, le père de mon partenaire lui disait de ne pas s’associer avec un Français, car il passerait son temps à boire du champagne et courir après les filles… Ajoutez à cela la délocalisation avec la honte du « made in Taiwan », ce n’était pas facile ! Plus de 20 ans après, notre partenariat européen est plus que valide et notre infrastructure de production délocalisée est parfaitement rodée.